
Robert Laffont, 1983
Lire la suitePRIMO BASSO (1926-2010)
Écrivain issu de l’immigration italienne, né à Pont-à-Mousson. Naturalisé français à dix-huit ans.
Orphelin de père à six ans, de mère à vingt-et-un an. Marié à vingt-six ans avec Lise qui l’accompagne sa vie durant.
Interprète auprès de l’armée américaine en 1945, il entreprend des études de philosophie et d’anglais. Il se destine alors au journalisme. Mais, devenu agrégé d’anglais, il opte pour l’enseignement, au sein du lycée Henri Poincaré à Nancy ( notamment dans les classes préparatoires aux grandes écoles).
Dans son oeuvre, on retrouve ces deux sources d’inspiration majeure :
– l’Italie, en particulier le Frioul, la Vénétie julienne, dont il est originaire, la comédie italienne, la verve burlesque, proche de Dario Fo.
– et, de l’autre côté, les États Unis, qu’il a visités en long et en large en 1954, grâce à une bourse de l’université de Washington/Seattle, et dont il admire les écrivains, Faulkner en tête, l’Angleterre, et l’Irlande, sa patrie de coeur où il a souvent voyagé et dont il a aussi beaucoup fréquenté les écrivains: O’ Casey, Synge, Yeats, Joyce.
Il écrit depuis qu’il est tout petit. L’écriture lui a plusieurs fois sauvé la vie.
Des pièces de théâtre, une vingtaine, qui ont été radiodiffusées dans les années 60/70, publiées (Le Roi des morts, chez Pierre-Jean Oswald,1977), ou jouées (Les Doigts de la ville, créée en 1969 par la Comédie de Lorraine, Où sont les hippocampes ? par le théâtre du Camaïeu (1982), Du Frioul en Sicile avec l’ange Serafino, publié aux éditions Vent d’Est en 1985 et jouée en 2000 par Les Crieurs de nuit). Elles ont intéressé les amateurs comme les professionnels.
Des contes, inventés d’abord pour ses filles, puis publiés ( Le Caillou d’Anatole aux éditions Serpenoise en1981) ou joués après avoir été transformés en pièces de théâtre pour la jeunesse (Socrate, le pêcheur et le poisson, monté au Théâtre de l’Ouest du Luxembourg).
Il est également devenu lui-même conteur, en particulier dans une émission sur FR3 Nancy, dont il est le producteur : Il était une fois/ Primo Basso raconte, en 1984-85. Son ami Robert Fajon, peintre, illustre souvent en direct, en présence des enfants.
Des romans :
– L’O di Giotto, publié par Robert Morel en 1972, dont la forme est polyphonique, et la matière, quasi autobiographique (le vécu des immigrants italiens de première et deuxième génération).
– Shamrock Blues ou le palimpseste irlandais, publié par Robert Laffont en 1983, à l’écriture baroque, sur la rencontre entre un jeune auteur irlandais et une troupe de théâtre à Dublin, juste avant l’embrasement de l’Irlande.
Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Cinq autres romans, écrits avant ou après, n’ont pas encore rencontré leur éditeur.
A signaler : en prévision de la célébration du centenaire de la naissance de Primo Basso en 2026, Gérard Louis s’apprête à éditer La Fontaine Rouge, qui évoque l’engagement dans la guerre d’Algérie d’un adolescent nancéien interne au lycée de Pont-à-Mousson. La conclusion, sanglante, de ce texte, est située au lieu dit La Fontaine rouge, à cause de ses eaux ferrugineuses, sur la colline derrière le Centre Culturel des Prémontés.
En 1981, Primo Basso a perdu une fille de vingt-six ans, suicidée, dans des circonstances tragiques. Il en a parlé dans un récit dépouillé, une sorte de mise à nu…La Découvaison, publié chez Mare Nostrum en 1991, un ovni par rapport au reste de son œuvre.
Par ailleurs, Primo Basso est aussi traducteur, principalement du théâtre américain, et surtout de Sam Shepard (L’enfant enfoui, créé en 1986 par la Comédie de Lorraine, avec dans la distribution, Emmanuelle Riva, Claude Brosset et Annie Chaplin).
Ses thèmes favoris sont l’immigration, l’injustice sociale, la violence, les arnaques, petites et grandes, le bouleversement de l’amour, le merveilleux, allant parfois jusqu’au miracle, la tendresse envers tous les êtres.
Dans un même texte, il aime à multiplier les registres, et il lui arrive aussi de traiter une même matière à travers des genres différents ( Les quarante ans de Cesarina, récit pour la jeunesse, puis Les oranges de Sicile, pièce de théâtre, puis Du Frioul en Sicile avec l’ange Serafino, récit, puis nouvelle pièce de théâtre).
Primo Basso est un être de paradoxe : visant à être compris de tous ( et notamment des gens comme son père, maçon et mosaïste, et sa mère, couturière), il travaille pourtant ses textes dans un extrême souci de la forme.
Hanté par la mort, il a célébré sans cesse son immense appétit à être vivant.
MARCELLE BASSO
NB La rubrique est en cours de constitution et de vérification. Les résumés sont généralement ceux de l’auteur. En cas contraire le titre est suivi d’un astérisque.
Lise du marché*(1959)
Un peintre talentueux a fait un mariage avec une femme issue de la bourgeoisie qui l’a beaucoup aidé à lancer sa carrière. Ils vivent heureux avec leur petit garçon de neuf ans. Soudain, le peintre tombe amoureux de Lise, jeune fille hardie et cultivée qui vend des poireaux au marché. Il essaiera d’abord d’endiguer cet amour en s’expliquant avec Lise et Roger, son prétendant. Mais la passion l’emporte, ils connaissent quelques moments de joie sauvage, avant d’être rattrapés par la force des attachements du passé. Ils se rendent alors à l’évidence, il faut se séparer.
Les Morts d’Ismaël(1959)
A la demande de sa mère, Ismaël est ressuscité par le Christ. Sarah sa fiancée croit qu’ils doivent renoncer au mariage pour suivre le prophète. Ismaël refusant une vie qu’on lui a rendu mutilée, se suicide.
Création radiophonique RTF Station de Nancy. Réalisation Michel Guillet.
Nuit américaine (1961)
Seattle : Marjorie perd la vue dans un accident de laboratoire. Pierre la sauve du désespoir en la persuadant de jouer le personnage d’Œdipe au groupe théâtral de l’université. Sur un fond de maccarthysme.
La Lotion du Docteur Stinks (1962)
Le début des années 50 aux États-Unis. La « chasse aux sorcières » a des échos dans les coins les plus reculés, le « petit blanc » n’aime pas les « nègres » . Mais l’Amérique a bonne conscience : le Vietnam est encore loin, le laveur de voitures a encore une chance d’entrer à la Maison-Blanche. Trois aigrefins vendent un parfum infect destiné à décourager les assiduités masculines. La logique du système libéral, la puissance de la publicité, les institutions leur font un triomphe, malgré les crimes que la cupidité les amène à commettre.
Création radiophonique RTF Station de Nancy. Réalisation Marthe Hornus. Représentation dans une version nouvelle par l’ « Atelier de l’Etoile » au cours de la saison1983-1984 dans une mise en scène de Roger Muller. Représentation à Venissieux en 1988 dans une mise en scène de Christian Dieudonné.
Les Oranges de Sicile (1962)
Une vieille femme obtient de rajeunir de quarante ans, sans changer de mentalité. Les problèmes commencent.
Représentation au Caveau de la Roële en 1983-84 dans une mise en scène de Patrick Schönstein.
Qui veut entendre entende *(1963)
Un prêtre déprimé en proie au doute est en train de prêcher dans son église. Il reçoit une visite étrange. Son ancien camarade de collège, Yves Lestissac est très agité car il croit avoir entendu Dieu lui annoncer la mort imminente de sa fille Marceline et réclame de l’aide au prêtre qui la lui refuse. Rentré à la maison, Lestissac est obsédé par l’idée qu’il doit dire à sa fille la vérité : « Ce matin à l’église, Dieu m’a fit savoir que tu mourras cette nuit ». La petite s’évanouit. Arrive la sœur d’Yves, Suzanne, qui va dénouer la crise et appelle le médecin. Yves s’effondre mais son état est sans gravité, alors que la petite fille est emmenée à l’hôpital avec 42 degrés de fièvre.
« Si elle passe la nuit, elle est sauvée. Resurrexit, sicut dixit ».
Les Doigts de la ville (1965)
XIVe siècle : Philippe avocat de renom doit rejoindre les lépreux à l’écart de Metz. Ses souffrances, sa révolte, son échec. Une parabole sur toutes les ségrégations.
Création radiophonique à Radio France Nancy en 1966. Réalisation Michel Guillet.
Création et tournée par la Comédie de Lorraine en 1969 dans une mise en scène de Michel Dufour. Décors : Sandor Kiss. Costumes : Françoise Darne. Musique originale : Alain Dubois. Avec Gilbert Costa, Henri Dégoutin, Jacques Denis, Hughes Graffey, Yves Hugues, Jeanine Védrenne
La Corrida (1968)
Un professeur de philosophie – athée – sort indemne d’une chute qui aurait dû lui être fatale. Une partie de sa classe entend lui faire reconnaître qu’il a été bénéficiaire d’un miracle. Il s’y refuse, soutenu par ceux qui croient à son honnêteté intellectuelle, quelles que puissent être ses faiblesses personnelles. Le goût du sang sera le plus fort.
Création radiophonique par à « Inter-Variétés ». Réalisation J.A. Blondeau. Avec Daniel Ivernel, Pierre Constant, Maurice Sarfati, Pierre Trabaud. Réalisation Radio-Lausanne (1980) avec Jean-Roger Caussimon.
Ballet radiophonique pour une automobile, deux hommes, une cause, et plusieurs marionnettes (1968)
Un homme se croit pur de tout préjugé raciste. Il accueille un jeune auto-stoppeur dans sa voiture et la confrontation fera apparaître la fragilité de sa conviction.
Création radiophonique Radio Lorraine-Champagne en 1971. Réalisation Marthe Hornus.
Pirate*(vers 1970)
Le jeune Antoine est victime de harcèlement de la part de ses camarades qui se moquent de lui en l’appelant « Antoinette ». Un jour ceux-ci l’entraînent dans la forêt pour aller à l’attaque du Pirate, un vieil homme barbu et repoussant. Son copain Pierron lui fait un croche-pied et il se retrouve au sol avec une douleur aiguë à la jambe. Au lieu de lui faire du mal, le Pirate va le soigner et l’accueillir dans sa cabane, où il lui apprend à gober un œuf. Rentré chez lui, Antoine ne parlera du Pirate à personne, pas même à sa mère, dont il commence ainsi à se séparer. Il comprend qu’il a gagné un ami et un soutien. La figure du Pirate en sort grandie malgré la stigmatisation sociale dont il est l’objet.
NB Le texte est le même que celui de la nouvelle du même titre qui comporte de nombreux dialogues.
Les Griffes de l’Okapi (d’après David Williams Agent from the West) (vers 1970)
Cornélius Lagoutte, diplômé d’Oxford, naïf et timoré d’apparence, mais dangereusement loquace, se rend en Roublénie comme précepteur. Rostov, père de son élève Vassily, retranché dans la montagne, attend fièvreusement l’arrivée d’un agent qui doit lui apporter du matériel de guerre, pour renverser Bouffe, le dictateur en place. Chez les pittoresques rebelles, Cornélius prouve sa poigne en mettant à la raison l’intraitable Vassily. Il s’offre chevaleresquement à servir Estelle, otage volontaire des conjurés.
La police politique du régime, l’Okapi, le prend pour l’agent et l’enlève. Après de rocambolesques péripéties, usant tour à tour de fausses niaiserie, de charme, de clairvoyance et d’audace, il parvient à se libérer.
Dans l’intervalle, le mystérieux agent qui n’est autre que l’oncle de Cornélius, Gervais Bullpitt, un chevalier d’industrie à l’imagination et au verbe étincelants, a mis en branle, par personnes interposées, toute la machine diplomatique qui livre ses ridicules, tandis que lui-même, mystifiant adversaires et amis, s’applique à tirer de la Révolution le maximum en espèces sonnantes.
Au terme de ce ballet poursuite, Rostov est porté au poste suprême sans avoir jamais maîtrisé la situation, Cornélius trouve le bonheur en restant fidèle au prénom de son adorée – il épouse une seconde Estelle – et Bullpitt se retire sur la pointe des pieds.
L’X et les amazones* (1972)
Une enquête policière entrelardée de flashbacks pour éclairer les relations de François, futur polytechnicien et des femmes : la fille de sa logeuse Geneviève et ses deux voisines d’en face, des cavalières (les amazones). A la fin de la pièce, le récit fabriqué par François est totalement déconstruit et celui qui apparaissait comme un simple témoin se révèle être le criminel, coupable de trois assassinats en chaîne. La famille des victimes, des châtelains odieux aux lourds secrets, est un vrai nid de vipères.
Le Roi des morts(1973)
Le clou de la croisière du « Club océanique » doit être un sacrifice humain. La fascination l’emporte vite sur les craintes et les scrupules. L’animateur apprendra ce qu’il en coûte de jouer avec les instincts des « civilisés ».
Création radiophonique Radio Lorraine-Champagne. Réalisation Marthe Hornus. Création sur scène au Caveau de la Roële par Gilbert Liégeois (1977) et à la MJC Fontenoy par Marc Charpentier (1980).
Il est venu dîner (1976)
Le Président vient dîner en toute simplicité dans une famille modeste. Un convive imprévu trouble la réunion.
Création au Caveau de la Roële (1978).
Train en noir et en couleurs (1978)
Un aveugle prend le train. Comment les passagers réagissent à sa présence.
Où sont les hippocampes ? (1981)
Une femme, de l’adolescence à la maturité, confrontée à la difficulté d’être et de s’affirmer, au terrorisme intellectuel, aux relations insatisfaisantes avec les hommes, aux impitoyables rouages de la société.
Création à Annemasse et tournée en Lorraine en 1981 par le Théâtre du Camaieu dans une mise en scène de Gérard Dupont. Représentation à l’Ile de Ré par la compagnie Grain de sel dans une mise en scène de Jean-Luc Fouquet.
L’Amant céleste (1986)
Un roi du Moyen Orient mythique enferme sa fille dans un palais parce qu’un oracle a prédit qu’elle serait déshonorée par un imposteur. Le séducteur vient du ciel à l’aide d’un coffre volant : il « épouse » sans délai la princesse en lui déclarant qu’il est Mahomet. La dame de compagnie, Laïla, également a ses charmes. Le roi dans son ire songe également à faire décapiter les trois coupables. Mais Laïla se révèle maîtresse femme et grand capitaine. En obligeant le prétendu Mahomet à transformer son coffre volant en bombardier, elle assure la déroute du roi voisin qui prétendait à la main de la princesse. « Mahomet » est tué en pleine victoire. On en fera à titre posthume, un charismatique héros national.
Le Choix (1987)
Jeanfon et son fils Jacques se présentent dans une agence matrimoniale fonctionnant sur des données pseudo-scientifiques pour y trouver une femme qui leur serve respectivement d’épouse et de mère et s’accommode de leur complicité et de leur non-conformisme.
Du Frioul en Sicile avec l’Ange Serafino. Comédie italienne* (2000)
Imaginez-vous au coeur d’un vieux village du Frioul, vous y entendez une délicieuse berceuse « Papa,mama, non piagere…Se me ne vado via… » Il fait chaud tout est paisible dans ces années d’après-guerre, le Padre et le carabinier Belfiore sont loin des querelles fratricides d’un Don Camillo et Peppone…
Mais voilà que tout s’agite, que la fanfare répète les derniers accords, que la foule se prépare à fêter dignement un événement considérable : l’Arrivée de l’Ange Serafino qui va choisir un des quatre candidats sélectionnés et va réaliser son voeu. Il y a là Andrea Bistecca, le cul-de jatte; Salvatore Nenno, le Sicilien qui veut devenir gendarme ; un milliardaire (on se demande ce qu’il peut bien vouloir celui-là) et Cesarina qui voudrait rajeunir de cinquante ans.
En Italie, un événement comme celui-ci devient vite un drame, et un drame mène forcément à la comédie.
Création sur scène au Théâtre Gérard Philippe de Frouard en octobre 2000 par Les Crieurs de Nuit dans une mise en scène de Christian Magnani. Tournée en Lorraine en 2000-2001.
