Crédit Photo Robert Fajon

PRIMO BASSO (1926-2010)

Écrivain issu de l’immigration italienne, né à Pont-à-Mousson. Naturalisé français à dix-huit ans.
Orphelin de père à six ans, de mère à vingt-et-un an. Marié à vingt-six ans avec Lise qui l’accompagne sa vie durant.

Interprète auprès de l’armée américaine en 1945, il entreprend des études de philosophie et d’anglais. Il se destine alors au journalisme. Mais, devenu agrégé d’anglais, il opte pour l’enseignement, au sein du lycée Henri Poincaré à Nancy ( notamment dans les classes préparatoires aux grandes écoles).

Dans son oeuvre, on retrouve ces deux sources d’inspiration majeure :
– l’Italie, en particulier le Frioul, la Vénétie julienne, dont il est originaire, la comédie italienne, la verve burlesque, proche de Dario Fo.
– et, de l’autre côté, les États Unis, qu’il a visités en long et en large en 1957, grâce à une bourse de l’université de Washington/Seattle, et dont il admire les écrivains, Faulkner en tête, l’Angleterre, et l’Irlande, sa patrie de coeur où il a souvent voyagé et dont il a aussi beaucoup fréquenté les écrivains: O’ Casey, Synge, Yeats, Joyce.

Il écrit depuis qu’il est tout petit. L’écriture lui a plusieurs fois sauvé la vie.

Des pièces de théâtre, une vingtaine, qui ont été radiodiffusées dans les années 60/70, publiées (Le Roi des morts, chez Pierre-Jean Oswald,1977), ou jouées (Les Doigts de la ville, créée en 1969 par la Comédie de Lorraine, Où sont les hippocampes ? par le théâtre du Camaïeu (1982), Du Frioul en Sicile avec l’ange Serafino, publié aux éditions Vent d’Est en 1985 et jouée en 2000 par Les Crieurs de nuit). Elles ont intéressé les amateurs comme les professionnels.

Des contes, inventés d’abord pour ses filles, puis publiés ( Le Caillou d’Anatole aux éditions Serpenoise en1981) ou joués après avoir été transformés en pièces de théâtre pour la jeunesse (Socrate, le pêcheur et le poisson, monté au Théâtre de l’Ouest du Luxembourg).
Il est également devenu lui-même conteur, en particulier dans une émission sur FR3 Nancy, dont il est le producteur :  Il était une fois/ Primo Basso raconte, en 1984-85. Son ami Robert Fajon, peintre, illustre souvent en direct, en présence des enfants.

Des romans : 
L’O di Giotto, publié par Robert Morel en 1972, dont la forme est polyphonique, et la matière, quasi autobiographique (le vécu des immigrants italiens de première et deuxième génération).
Shamrock Blues ou le palimpseste irlandais, publié par Robert Laffont en 1983, à l’écriture baroque, sur la rencontre entre un jeune auteur irlandais et une troupe de théâtre à Dublin, juste avant l’embrasement de l’Irlande.
Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Cinq autres romans, écrits avant ou après, n’ont pas encore rencontré leur éditeur.
A signaler : en prévision de la célébration du centenaire de la naissance de Primo Basso en 2026, Gérard Louis s’apprête à éditer La Fontaine Rouge, qui évoque l’engagement dans la guerre d’Algérie d’un adolescent nancéien interne au lycée de Pont-à-Mousson. La conclusion, sanglante, de ce texte, est située au lieu dit La Fontaine rouge, à cause de ses eaux ferrugineuses, sur la colline derrière le Centre Culturel des Prémontés.

En 1981, Primo Basso a perdu une fille de vingt-six ans, suicidée, dans des circonstances tragiques. Il en a parlé dans un récit dépouillé, une sorte de mise à nu…La Découvaison, publié  chez Mare Nostrum en 1991, un ovni par rapport au reste de son œuvre.

Par ailleurs, Primo Basso est aussi traducteur, principalement du théâtre américain, et surtout de Sam Shepard (L’enfant enfoui, créé en 1986 par la Comédie de Lorraine, avec dans la distribution, Emmanuelle Riva, Claude Brosset et Annie Chaplin).

Ses thèmes favoris sont  l’immigration, l’injustice sociale, la violence, les arnaques, petites et grandes, le bouleversement de l’amour, le merveilleux, allant parfois jusqu’au miracle, la tendresse envers tous les êtres.
Dans un même texte, il aime à multiplier les registres, et il lui arrive aussi de traiter une même matière à travers des genres différents ( Les quarante ans de Cesarina, récit pour la jeunesse, puis Les oranges de Sicile, pièce de théâtre, puis Du Frioul en Sicile avec l’ange Serafino, récit, puis nouvelle pièce de théâtre).

Primo Basso est un être de paradoxe : visant à être compris de tous ( et notamment des gens comme son père, maçon et mosaïste, et sa mère, couturière), il travaille pourtant ses textes dans un extrême souci de la forme.
Hanté par la mort, il a célébré sans cesse son immense appétit à être vivant.

Marcelle Basso Boccabella