Les Doigts de la ville

Impregraph, 1969

Création à la scène par la Comédie de Lorraine, février 1969

Note de l’auteur

Les ghettos, les pogroms, et les recours à la violence concertée ou aveugle qu’ils entraînent sont de tous les temps, et si particulièrement du nôtre que nous courons le terrible risque de nous y accoutumer et de les accepter. Le Biafra ou le quartier noir de Los Angeles ne sont ni plus loin ni plus près de nous dans l’espace que les ladres messins ou bretons dans le temps. C’est pourquoi l’on s’est efforcé de ressentir de l’intérieur la situation autrefois faite aux lépreux plutôt que de s’astreindre à une rigoureuse exactitude dont par ailleurs on ne possédait pas les moyens. Chaque fois qu’il a fallu décider entre les réalités historiques et l’intention majeure de la pièce ou les simples besoins de l’écriture, on a tranché en faveur de ce qui a paru la plus grande efficacité dramatique.

Pour ne citer que quelques exemples : la cérémonie de l’enterrement telle qu’elle se présente dans la pièce est un amalgame de rituels pratiqués en divers lieux et la « liturgie » a été librement inventée. Il apparaîtra également que la révolte de Philippe contre l’Eglise n’est concevable qu’à titre exceptionnel dans le contexte de la foi médiévale. On a appelé « Prêvot de Police » le « Maître Echevin » parce qu’en le nommant ainsi, sa fonction devenait immédiatement perceptible à un public moderne. Enfin les « Guets », la « Milice », ne sont que la représentation quasi-intemporelle de la peur viscérale des « Bien Portants » et de l’appareil répressif. Le lecteur soucieux de vérité historique pourra se reporter à l’ouvrage de Jacques Léoutre : « Récits du Pays Messin » dont l’auteur s’est inspiré pour écrire « Les Doigts de la ville » et qui comportera une bibliographie.

En reconnaissant sa dette à l’égard de Jacques Léoutre, l’auteur souhaite lui associer dans sa gratitude Pierre Claudin, Henri Dégoutin, Michel Dufour, Bernard Grenié et Jean Lanher qui l’ont précieusement conseillé, critiqué, encouragé, corrigé, ainsi que tous ceux qui par leur amical soutien, ont permis à la présente édition de voir le jour.

(Note de l’auteur figurant à la fin de l’ouvrage, p. 70-71)